Enjeux et problématiques des Learning Centres : l’exemple de Lille 3

Le site de la Conférence des présidents d’université a mis en ligne un rapport ayant pour ambition de synthétiser l’ensemble des questions que peuvent soulever la conception et la mise en place d’un Learning Centre. Nous en proposons ici un résumé, augmenté d’autres publications récentes et de nos propres commentaires. Notre propos sera illustré par l’exemple de Lille 3, université pleinement engagée dans cette problématique, avec la création d’un Learning Centre thématique1.

Le rapport « Mettre en place un Learning Centre : enjeux et problématiques »2 est le deuxième volet réalisé par la Caisse des dépôts, faisant suite à une étude portant sur l’université numérique dont nous avions également donné un long écho dans Insula en août 2010 pour sa partie documentaire3. Sa publication intervient alors qu’un mouvement général de réflexion sur le concept de LC et son adaptation au système français est aujourd’hui lancé dans le supérieur. Les projets de LC ne viennent pas seulement transformer un modèle de bibliothèques universitaires vieillissant mais deviennent emblématiques de la modernisation des universités elles-mêmes.

Learning Centre : un nom

Le nom du LC de Lille 3

S’il est préconisé en France d’écrire Learning Centre, selon l’orthographe britannique, c’est l’orthographe américaine de Learning Center qui a prévalu dans les projets de la Région Nord-Pas-de-Calais. Learning Center d’une université SHS, celui de Lille 3 est thématisé en archéologie et égyptologie :

Learning Center archéologie/égyptologie.

L’expression Learning Centre n’a pas été francisée, n’ayant pas d’exact équivalent. Centre d’apprentissage, ou Centre de formation, par exemple, ne furent pas retenus4. Learning Centre or not Learning Centre ? L’usage de ce nom, « initialement adopté en Grande-Bretagne pour marquer la différence entre ce nouveau type de dispositif et une bibliothèque ‘traditionnelle’ » est encore controversé et peut être différent selon les structures5. L’Avans University, aux Pays-Bas, a ainsi choisi de donner le nom d’Xplora à son Learning Centre6.

Le choix du nom, souligne le rapport, est important pour permettre une identification et une appropriation par les usagers.

Learning Centre : une histoire

L'histoire du LC de Lille 3

L’histoire du LC de Lille 3 débute avec le « Plan Campus » lancé par l’État en 2008, visant à rénover et redynamiser les campus existants. Les bibliothèques sont concernées par cet enjeu. Le projet de Lille 3 s’inscrit alors dans le grand chantier régional de création de LC, s’intégrant dans un réseau régional7. Le concept de LC à Lille 3 est issu d’une réflexion collective, menée et soutenue par le Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais.

Le rapport de la Caisse des dépôts ne s’éternise pas sur l’histoire des LC, désormais censée être connue. Il est juste souligné dans une note que la première initiative de Learning Centre fut celle réalisée à Sheffield Hallam university (en 1996)8. Pour son concepteur Graham Bulpitt, un LC est en particulier un environnement flexible comprenant « l’intégration d’un ensemble de ressources, de services et d’expertise, ainsi que l’anticipation et la conduite d’un changement de modèle éducatif »9. On trouvera un résumé commode sur l’histoire et le concept des LC réalisé par Graham Bulpitt dans l’édition 2010 de l’ouvrage collectif dirigé par Marie-Françoise Bisbrouck, Bibliothèques d’aujourd’hui10.

Learning Centre : un concept

L'originalité du LC de Lille 3

L’une des originalités du concept des Learning Centers initiés par le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais est de vouloir créer des LC thématiques.
Le Learning Center archéologie/égyptologie de Lille 3 permet « de valoriser la richesse des collections et des ressources aussi bien muséales que documentaires »11.

Le rapport ne cherche pas à définir un concept de LC, « par nature multiforme et difficile à cerner ». Pour faire simple, les LC regroupent documentation, TIC (E), pédagogie « dans une vision de services à l’usager ».

S’il existe une diversité de modèles, la pensée et les expériences de Graham Bulpitt donnent sans doute le concept des Learning Centres tel qu’il semble devoir émerger en France : un LC est (doit être) « un environnement dynamique qui comprend des aménagements permettant un grand nombre d’activités d’enseignement indépendant et de groupe »12.

Learning Centre : un lieu

Le lieu du LC de Lille 3

À l’université Lille 3, la situation du futur Learning Center archéologie-égyptologie est idéale puisqu’il se trouvera à l’entrée principale du Campus, dans l’actuelle Bibliothèque universitaire, entièrement réaménagée, qui occupe une place centrale sur le forum de l’université, à proximité de la ville.

BU de Lille 3
Bibliothèque universitaire université Lille 3

Un LC est un lieu. Dans l’absolu, ce lieu doit être le mieux situé du Campus. Dans l’absolu toujours, s’il s’agit d’une construction neuve, le bâtiment du Learning Centre doit être « attractif, voire emblématique lorsqu’il est associé à un geste architectural »13. « L’architecture du bâtiment est un moyen de symboliser la culture du Learning Centre » écrit Graham Bulpitt14. On citera en exemple architectural le LC de Lausanne par Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa de l’Agence Sanaa15 ou encore celui de Vienne par Zaha Hadid16. À noter que, si un LC est un lieu emblématique, celui-ci peut également être multipolaire. L’équipement informatique, adapté aux usages, est évidemment privilégié17. Le LC doit être conçu comme confortable, flexible, comprenant une proportion importante de lieux de détente (la présence d’une cafétéria connectée est pratiquement inscrite dans les gènes de chaque projet), offrant lieux de repos, d’études, de places isolées (individual quiet study), de possibilités de travailler en groupes, etc. Enfin, si la construction peut être associée à un ameublement design, celui-ci « ne doit pas se faire au détriment de la fonctionnalité ! »18.

Learning Centre : une Bibliothèque universitaire moderne qui fonctionne bien ?

D’une manière assez cocasse, la page d’accueil du site internet du fameux LC de l’EPFL le souligne : « le Rolex Learning Center est avant tout une bibliothèque. Nous vous remercions de respecter le silence pour les étudiants qui travaillent »19.

La bibliothèque universitaire est « une des composantes essentielle du dispositif »20. Plusieurs raisons à cela : d’abord, un LC a une vocation documentaire et d’information qui peut reposer sur les ressources de la Bibliothèque ; par ailleurs, la Bibliothèque universitaire a déjà largement commencé sa mue numérique21 ; ensuite, comme c’est le cas pour le LC de Lille 3, la création d’un Learning Centre est souvent, en France, liée à un contexte de réaménagement d’une Bibliothèque universitaire vieillissante : le LC devient tout ou partie de la Bibliothèque22. Enfin, la Bibliothèque peut mettre à disposition du LC tout ou partie de son personnel, dont on répète que certaines de leurs activités seront rendues caduques par leur automatisation.

Si la Bibliothèque peut bénéficier de la création d’un LC pour obtenir les crédits nécessaires (et souvent inespérés) à sa restructuration, le risque est de simplement transfomer un LC en BU améliorée. Dans un billet de son blog Bibliobsession, réagissant en janvier 2010 à la parution du rapport Jouguelet sur les Learning Centres, Silvère Mercier concluait de manière désenchantée : « un learning center, au fond, c’est une Bibliothèque universitaire moderne qui fonctionne bien »23. Dans son bloc-notes, Olivier Tacheau (Directeur du SCDU d’Angers) décrivait en octobre 2010 les limites à dépasser pour que le concept de Learning Center soit autre chose qu’un « nouveau hochet professionnel prétexte et pompe à finances qui n’aboutira au pire qu’à la construction de bibliothèques un peu mieux équipées, un peu plus confortables et accueillantes… »24.

Pourtant, des différences importantes peuvent structurer le LC pour en faire autre chose qu’une bonne Bibliothèque universitaire, en particulier en termes d’accueil, de services proposés et dans sa finalité générale : l’apprentissage.

Learning Centre : un accueil

La notion d’accueil, nous l’avons vu, c’est offrir des espaces et des équipements adaptés. C’est ensuite obtenir une réponse adaptée aux demandes des usagers.

La Bibliothèque a déjà évidemment intégré la notion d’accueil des usagers dans ses missions. Lieu le plus ouvert du Campus, et incitée à l’être plus encore25, la Bibliothèque propose du renseignement bibliographique, forme à la recherche bibliographique, aux ressources numériques. Si chacun, dans le LC, doit pouvoir répondre à une demande qu’on pourrait qualifier « de premier niveau », ce qui impose une polyvalence (le personnel pouvant répondre à des questions sommaires de TIC(E) par exemple), l’usager peut également être invité à consulter un spécialiste pour des questions plus pointues. On évoque l’Information Specialist, faisant le lien entre bibliothèque et pédagogie – et recherche, ajoutons-nous en nous référant à un précédent billet d’Insula consacré aux Bibliothèques universitaires britanniques et le recherche26-, apportant une connaissance du domaine thématique en liaison avec la Faculté à laquelle il contribue. On attend « une interaction avec les unités de formation et de recherche ou les départements, de manière à intervenir en synergie avec les programmes pédagogiques et en appui aux enseignants. »27.

L'accueil au LC de Lille 3

La notion d’accueil est fondamentale au projet du futur LC de Lille 3. Un espace central doit ainsi permettre un premier accueil du visiteur pour identifier ses attentes et l’orienter de façon personnalisée. Cet espace est un lieu de convivialité, qui abritera les expositions permanentes ou temporaires et proposera notamment une possibilité de restauration.

Mais dans un LC, l’accueil ne doit pas se limiter à la seule partie « documentation ». Un LC doit favoriser la logique du « one stop shop » : le guichet unique. Autrement dit, un LC doit pouvoir être conçu pour réunir en un lieu unique des interlocuteurs capables d’aider l’usager et devenir multiservices28. On pense ici aux enseignants, au service des TIC(E), mais encore aux services d’information et d’orientation, par exemple. Comme le note le Rapport Jouguelet, suite à une remarque de Hugues Van Besien à propos de Kingston, « le Learning Centre remplit des missions qui sont en général éclatées dans différents services de l’université : centre de ressources informatiques, service de scolarité, maison de l’étudiant … »29.

Le rôle social du Learning Centre est importante. D’une part comme lieu de vie, d’autre part comme soutien aux usagers dans différentes démarches30.

Learning Centre : apprendre

Apprendre à Lille 3

À Lille 3, note le Rapport, « le maillage de centres de ressources déjà existants (Centres de ressources en langues – CRL, Centre de ressources pour l’accompagnement des formations – CRAF)31, qui intégrera le Learning Centre archéologie/égyptologie, est dédié à l’appui aux formations et propose diverses formes de tutorat, de l’accompagnement méthodologique, des ateliers multiples »32.

Les ambitions pédagogiques « se placent réellement au cœur du dispositif, et constituent à ce titre le moteur de l’offre de services proposés » par le LC, note le Rapport « et non plus les collections qui apportent une réponse parmi d’autres à des besoins très variés »33. Le LC est un outil destiné aux étudiants, en appui au processus d’apprentissage (sont mis en avant le travail de groupe, l’accès au numérique), prenant compte l’évolution des comportements (réseaux sociaux, nomadisme, etc), et de l’accompagnement des étudiants sur les aspects documentaires et méthodologiques. Sur ces questions des nouvelles pratiques numériques, voir notre billet consacré à l’université numérique34.

Pour Peter Scott, Président à l’Université de Kingston, « le cœur de l’université ne se trouve plus dans ses amphithéâtres ni dans ses salles de classe, mais dans son Learning Centre »35.

Learning Centre : ses publics

Les publics du LC de Lille 3

Trois publics seront au cœur du LC de Lille 3 :

  • Les chercheurs : Le LC intègre pleinement « la recherche et les acteurs de la recherche au projet qui est d’abord à vocation scientifique. Le Learning Center archéologie/égyptologie s’appuie ainsi sur l’excellence de la recherche à Lille 3 en égyptologie et archéologie …36 ;
  • Jeunes et adultes en formation permanente ou en formation tout au long de la vie ;
  • Le grand public : Le LC « a pour vocation de soutenir des missions de recherche fondamentale et d’en partager le fruit par des actions pédagogiques et sociales, animées par des professionnels »37. Ce volet « grand public » a débuté dès janvier 2011 par des conférences, expositions, animations dont nous rendons compte dans Insula38.

On l’aura compris de ce qui précède : en termes de public, ce sont évidemment les étudiants qui sont au centre du dispositif. Mais ce ne sont pas les seuls à trouver avantage d’un LC au sein de l’établissement.

Le LC peut en effet se révéler utile aux enseignants pour les aider à développer l’innovation pédagogique39 : ingénierie pédagogique, accompagnement des enseignants, etc. Le Rapport note que ce volet, très présent des projets étrangers, le semble moins dans les projets français40.

La Recherche est également bénéficiaire du projet. D’une part, elle accède à un environnement de qualité, d’autre part des services spécifiques du LC peuvent leur être offerts (dépôts d’archives, ressources spécifiques, appui aux doctorants etc)41.

Enfin, le grand public « peut également constituer une cible »42.

Learning Centre : ses personnels

Pour Graham Bulpitt, « le personnel est l’ingrédient le plus important d’un Learning Centre »43. « Un fort investissement dans les ressources humaines qualifiées participe au succès des centres » souligne le Rapport Jouguelet44. Évidemment, parmi les personnels impliqués, ceux de la Bibliothèque sont concernés par la création d’un LC : ils devront étendre leurs connaissances de manière à intervenir en synergie avec les programmes pédagogiques et en appui aux enseignants, mais également ouvrir le périmètre de leurs interventions vers les TIC, le conseil méthodologique ou encore le soutien à l’apprentissage45. On a également vu plus haut que des missions nouvelles, telles que celle de l’Information specialist, peuvent être offertes aux plus motivés.

Évidemment encore, les personnels des TICE, … et les enseignants (voire les chercheurs), mais également les personnels liés à l’information, la scolarité, la culture, le CROUS etc, peuvent être largement sollicités par le LC, créant « un mélange des cultures dans les équipes »46. Dans les organigrammes des LC étrangers, « on retrouve généralement une fonction centrée sur les services au public, aux côtés de fonctions plus classiques de gestion des collections, d’archivage, de la logistique. »47.

Les services peuvent être fusionnés en un seul (intégration Bibliothèque – Informatique – Pédagogie, comme à Kingston), ou rester sur le mode collaboratif48.

Quoi qu’il en soit, il est fondamental d’évaluer les besoins en personnel en définissant le plus précisément possible les compétences et les métiers mobilisés par le projet49, de s’appuyer sur les cadres en responsabilité : « il est intéressant d’identifier les personnels leaders à même d’appréhender les enjeux stratégiques du Learning Centre et de porter un message clair pour ensuite s’appuyer sur eux pour relayer la stratégie et le discours, et faciliter ainsi l’acculturation des équipes »50. Le Rapport souligne que « la plupart des projets font apparaître la nécessité de modifier la structure du personnel en place et d’augmenter le volume des ressources humaines ».

Les mutations dans les fonctions ne peuvent s’opérer immédiatement et le Rapport insiste sur la formation des personnels. Cette formation doit être donnée à tous les personnels présents dans le LC : personnels de la Bibliothèque, mais aussi des services TICE, Information, orientation/insertion etc. Une culture commune de services à l’usager doit servir de socle commun, tout en renforçant les compétences des personnels dans leur cœur de métier51. Outre la formation, l’implication des personnels doit se faire par leur information sur le projet.

Learning Centre : communication

Communication du LC de Lille 3

Outre Insula, qui relaie l’information sur le LC de Lille 3, le portail de l’université communique sur les événements liés à son LC. Un site internet des quatre Learning Centers initiés par le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais sera créé. Un logo sera également décliné pour chacun des LC. Lille 3 a déjà communiqué dans les médias sur son LC, en particulier lors des événements destinés au grand public (expositions, conférences etc).

« Transparence, communication et information sont nécessaires »52. Réunions, comptes rendus, etc, tout doit être mis en œuvre pour faciliter l’appropriation d’un concept et l’acceptation des changements qui en découlent pour ses futurs acteurs. En interne, il convient d’informer la communauté universitaire « par des messages ciblés et réguliers »53. Il convient également de communiquer en externe : « la plupart des Learning Centres étrangers ont pris en compte cette dimension communication et utilisent le Learning centre comme un élément différenciant dans leur stratégie pour attirer de nouveaux étudiants, notamment étrangers. C’est d’autant plus le cas lorsque le lieu hébergeant le dispositif est emblématique … »54.

Learning Centre : ses financements

Nous n’aborderons pas cette question pourtant majeure. La Caisse des dépôts développe bien évidemment ce point dans son Rapport55.

Financements du LC de Lille 3

Le LC de Lille 3 est financé par le CPER et, dans le cadre de l’opération campus, par la Région Nord-Pas de Calais qui assure la maîtrise d’ouvrage du projet. À noter que si le montage de la programmation concernant le bâtiment est en cours de finition, pour une ouverture du LC vraisemblablement en 2015, la partie scientifique du LC de Lille 3 est commencée depuis janvier 2011.

Learning Centre : le portage

Document réalisé pour les Présidents d’université, le rapport « Mettre en place un Learning Centre : enjeux et problématiques » ne peut qu’exhorter les responsables des universités à se saisir du dossier LC de leur établissement. Le choix du chef de projet est en particulier fondamental pour promouvoir le projet en interne et auprès d’acteurs institutionnels. Celui-ci doit donc se faire au plus haut niveau.

Le portage du LC à Lille 3

À Lille 3, c’est la Vice-Présidente du conseil des études et de la vie universitaire, chargée des formations et de la formation tout au long de la vie qui est Chef de projet du Learning Center.

Un LC est « un projet phare de l’établissement et non des seuls services documentaires ». La multiplicité des services impliqués dans la constitution d’un LC oblige une coordination et une stratégie, adaptée en fonction d’une évaluation régulière56. C’est sans doute une des autres raisons qui peut faire des LC autre chose qu’une BU moderne qui fonctionne mieux ou un hochet dispendieux : l’entrée de la politique d’établissement et l’appropriation de la Bibliothèque par l’université.

Learning Centre : la carte et le territoire

C’est nous qui soulignons : tant que les Bibliothèques universitaires avaient leur personnel, leur financement « fléché » et leur politique documentaire, au mieux rédigée dans une charte, les instances universitaires ne se mêlaient pas (ou peu) des Bibliothèques universitaires. Aujourd’hui, tout devient différent. Personnels, financements, politique documentaire : tout explose ! L’université découvre qu’elle a son mot à dire, qu’elle doit décider.

Revenons sur le nom de « Learning Centre ». Pierre Carbonne aurait évoqué récemment un phénomène d' »effet de mode ». On construirait des Learning Centres aujourd’hui plutôt que de (re)construire des Bibliothèques universitaires, exactement comme on a jadis voulu construire des Médiathèques plutôt que des Bibliothèques en territoriale57. Mais débaptiser la Bibliothèque en Learning Centre peut se révéler autre chose qu’une simple opération marketing, ou de camouflage, pour faire moderne avec du vieux. En transformant la « Bibliothèque » (avec ses usages et ses corps de bibliothécaires) en « Learning », on justifie ou encourage une révolution culturelle : que le territoire des bibliothécaires puisse devenir (aussi) le territoire de l’apprentissage et donc de ceux qui enseignent. Pour que ce territoire soit autrement occupé, il fallait commencer par le désigner autrement sur la carte …58

Learning Centre : pour en savoir plus

Rapports :

Mettre en place un Learning Centre : enjeux et problématiques : rapport d’études mai 2011, Caisse des Dépôts-Conférence des Présidents d’université. URL : <http://www.cpu.fr/>. Consulté le 27 juillet 2011.

Suzanne Jouguelet, Les Learning Centres : un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche : rapport à madame le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, décembre 2009.

Learning Center Nord-Pas-de-Calais :

Page du site internet du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais consacrée aux Learning Centers. URL : <http: //www.nordpasdecalais.fr>. Consulté le 27 juillet 2011.

Dossier de presse Conférence inaugurale du projet scientifique du « Learning Center Archéologie/Égyptologie » (janvier 2011). URL : <http://www.univ-lille3.fr/fr/medias/communiques-dossiers/>. Consulté le 27 juillet 2011.

Journées d’études récentes :

Diaporamas de présentation des Journées d’étude « Learning centres : vers un modèle à la française ? » organisées par Mediat Rhône-Alpes les 6 et 7 décembre 2010. URL : <http://mediat.upmf-grenoble.fr>. Consulté le 27 juillet 2011. Voir le compte rendu dans BBF : Tarin, Laurence, « « Learning centres : vers un modèle à la française » », BBF, 2011, n° 4, p. 81-82 [en ligne] <http://bbf.enssib.fr/>. Consulté le 01 août 2011 (à noter que l’auteur du compte rendu prête à Lille 3 les grandes lignes du projet de Lille 1).

Journée d’études « Créer un learning centre : pourquoi ? comment ? » organisée par Mediadix le 26 mai 2011. Résumé des interventions sur le blog Liber, Libri. URL : <http://liber-libri.blogspot.com/>. Consulté le 27 juillet 2011.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestShare on RedditDigg thisBuffer this page

Notes du texte

  1. Notre blog est né en août 2010 pour informer sur la création de ce Learning Center : Christophe Hugot, « Pourquoi Insula ? », Insula [En ligne], mis en ligne le 23 août 2010. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2010/08/insula/>. Consulté le 28 juillet 2011. []
  2. Mettre en place un Learning Centre : enjeux et problématiques : rapport d’études mai 2011, Caisse des Dépôts-Conférence des Présidents d’université. URL : <http://www.cpu.fr/>. Consulté le 27 juillet 2011. []
  3. Christophe Hugot, « L’université numérique : 8 exemples au rapport », Insula [En ligne], mis en ligne le 26 août 2010. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2010/08/universite-numerique/>. Consulté le 28 juillet 2011. []
  4. Il en est donc de Learning Centre comme du mot anglais parking, lequel s’est imposé en 1962 au mot « parc » proposé par le Comité d’étude des termes techniques français en 1959 : « Parking est l’un des mots qui symbolisent l’envahissement des anglicismes » écrit Alain Rey dans son Dictionnaire historique de la langue française. Il faudra s’y faire (ceci dit pour tenter de clore un sujet qui hérisse parfois les universitaires …). À noter que si dans le très officiel rapport de Suzanne Jouguelet réalisé en 2009 pour le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, l’expression Learning Centre est systématiquement écrite en italique (comme le veut la règle pour l’écriture des mots étrangers), ce n’est plus le cas dans le rapport réalisé en 2011 par la Caisse des dépôts. Learning Centre : l’expression est devenue française. Suzanne Jouguelet, Les Learning Centres : un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche : rapport à Madame le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, décembre 2009 (ci-dessous appelé « Rapport Jouguelet »). URL : http://media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2009/33/6/Rapport_Learning_Centers_7-12_RV_131336.pdf. Consulté le 28 juillet 2011. []
  5. Mettre en place un Learning Centre … p. 18. []
  6. La notion de Learning Center est sur la présentation de la page d’accueil du site internet : « The Learning and Innovation Center (LIC) of Avans University of Applied Sciences supports students and teachers in learning and teaching ».URL : <http://lic.avans.nl/>. Consulté le 28 juillet 2011. []
  7. Ce réseau régional de Learning Centers comprend quatre Centres, chacun consacré à une thématique (« Fait religieux » à l’Abbaye de Vaucelles ; « Développement durable et urbain » à la halle aux sucres de Dunkerque ; « Innovation et pôles de compétitivité » sur le campus de l’université Lille 1). On trouvera un résumé de la situation des Bibliothèques universitaires du Nord-Pas-de-Calais dans l’article de Corinne Leblond, « BU, la nouvelle vague » dans la revue Bibliothèque(s), n°56, juin 2011, pp. 56-58. []
  8. Voir le site http://www.shu.ac.uk/services/sls/learning/library.html []
  9. Diapositive 34 du diaporama « Les Learning centers : de nouveaux espaces pour une nouvelle façon de travailler avec les étudiants », réalisé par Graham Bulpitt à l’occasion des 9es Rencontres Formist – 2009 : « La bibliothèque, lieu de formation ? ». Voir sur le site de l’ENSSIB. []
  10. Marie-Françoise Bisbrouck (dir.), Bibliothèques d’aujourd’hui : à la conquête de nouveaux espaces, (Collection Bibliothèques) Éditions du Cercle de la librairie, 2010, pp. 65-71. []
  11. Mettre en place un Learning Centre … p. 21. []
  12. Communication de Graham Bulpitt lors de la du 35e Congrès de l’ADBU à La Rochelle, septembre 2005 : Bibliothèques en chantier : constructions, extensions, restructurations… Vidéo de la Conférence sur le site Canalc2. []
  13. Mettre en place un Learning Centre … p. 26. []
  14. Graham Bulpitt, « Le modèle du Learning Centre », dans : Marie-Françoise Bisbrouck (dir.), Bibliothèques d’aujourd’hui : à la conquête de nouveaux espaces, (Collection Bibliothèques) Éditions du Cercle de la librairie, 2010, p. 70. []
  15. http://rolexlearningcenter.epfl.ch/. []
  16. Voir sur le site de Zaha Hadid : http://www.zaha-hadid.com/education/library-learning-center. Consulté le 27 juillet 2011. []
  17. Les postes informatiques sont souvent intégrés dans les différents espaces de travail, même si des salles dédiées existent encore : Mettre en place un Learning Centre … p. 29. []
  18. Mettre en place un Learning Centre … p. 27. Sur l’aménagement des bibliothèques, voir : Marie-Françoise Bisbrouck (dir.), Bibliothèques d’aujourd’hui : à la conquête de nouveaux espaces, (Collection Bibliothèques) Éditions du Cercle de la librairie, 2010. On trouvera de nombreux exemples d’aménagements de LC sur la galerie de photos de jiscinfonet sur Flickr : http://www.flickr.com/photos/jiscinfonet/. []
  19. URL : <http://rolexlearningcenter.epfl.ch/>. Consulté le 27 juillet 2011. []
  20. Mettre en place un Learning Centre … p. 25. []
  21. L’évolution des supports de collections a mobilisé des années durant l’attention des professionnels avec l’irruption du numérique, explosion de l’offre internet, dématérialisation totale de certains supports : périodiques etc. []
  22. Le LC peut en effet désigner l’ensemble d’un bâtiment important, incluant les services de la Bibliothèque, comme à Sheffield, Kingston ou Lausanne, soit une partie plus restreinte de la Bibliothèque, comme à l’Imperial College de Londres : « Rapport Jouguelet », pp. 8-9. []
  23. Silvère Mercier, « Les Learning center sont des… bibliothèques universitaires modernes », Bibliobsession [En ligne], mis en ligne le 20 janvier 2010. URL : <http://www.bibliobsession.net/2010/01/20/les-learning-centres-sont-des-bibliotheques-universitaires-modernes/>. Consulté le 27 juillet 2011. []
  24. Olivier Tacheau, « Learning Center … purée ! », Le nombril de Belle Beille [En ligne], mis en ligne le 16 octobre 2010. URL : <http://tacheau.wordpress.com/2010/10/16/learning-center-puree/>. Consulté le 27 juillet 2011. Pour Olivier Tacheau, les principaux écueils concernent l’amplitude horaire, les limites matérielles (il évoque des impératifs de pourcentages de places équipées informatiquement, de places modulables etc sur lesquels on peut émettre des réserves) et sans deux limites sans doute plus importantes : limites intelectuelles (être rétif aux changements) et limites structurelles (s’interrogeant sur la capacité des enseignants à jouer un rôle à moyen terme dans ce nouveau dispositif pédagogique, ainsi qu’également sur la place des bibliothécaires). []
  25. Voir le Guide juridique sur l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques universitaires sur le site de l’ADBU. URL <http://www.adbu.fr/article.php3?id_article=814>. Consulté le 27 juillet 2011.). []
  26. « Le service aux chercheurs sera d’autant plus efficace, et la bibliothèque obtenir une plus-value s’il existe, au sein du personnel d’une bibliothèque, des spécialistes d’un domaine. Ces « bibliothécaires départementaux », appréciés pour leur approche proactive et proche des institutions universitaires, réaliseront moins de tâches bibliothéconomiques classiques pour devenir les ambassadeurs de la bibliothèque auprès des chercheurs » : Christophe Hugot, « Les BU britanniques et la recherche », Insula [En ligne], mis en ligne le 1er juillet 2011. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2011/07/bu-britanniques-et-recherche/>. Consulté le 27 juillet 2011.). []
  27. Mettre en place un Learning Centre … p. 38. []
  28. Mettre en place un Learning Centre … p. 35. []
  29. « Rapport Jouguelet », p. 25. []
  30. « Rapport Jouguelet » p. 11. []
  31. Dans le domaine des langues, Lille3 a développé depuis près de 10 ans un travail de réflexion didactique et pédagogique sur l’« enseigner autrement », sur l’intégration de dispositifs d’apprentissages innovants. Inauguré en septembre 2001 le Centre de Ressources en Langues de Lille 3 met à disposition des étudiants des ressources numériques du marché (CD-Rom et sites internet pour l’apprentissage), des documents authentiques (vidéos, DVD, chaînes de télévision en direct, sites internet d’information), des documents multimédias construits par les enseignants, des dictionnaires en libre accès, des ressources indexées sur le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues et mises à disposition via un portail CRL. Les Centres de Ressources en Langues sont cependant bien plus que de simples lieux de mise à disposition de ressources, ce sont des lieux où sont offerts à l’étudiant les moyens d’« apprendre à apprendre », ce sont des lieux d’autonomisation de l’étudiant et de réflexion sur l’acte d’apprentissage. Les formes de l’accompagnement des étudiants sont multiples : des moniteurs pour prise en main de l’application ; des permanences tuteurs et enseignants partenaires ; la coordination du dispositif TANDEM ; des ateliers : préparation à la mobilité, préparation aux certifications, sensibilisation aux langues par le jeu etc. []
  32. Mettre en place un Learning Centre … p. 11. []
  33. Mettre en place un Learning Centre … p. 19. Le « Rapport Jouguelet » signale que la notion de learning est complexe : « c’est l’apprentissage, entendu comme action d’apprendre mais aussi plus largement l’étude, le savoir, la connaissance … » p. 7. []
  34. Christophe Hugot, « L’université numérique : 8 exemples au rapport », Insula [En ligne], mis en ligne le 26 août 2010. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2010/08/universite-numerique/>. Consulté le 28 juillet 2011. []
  35. Citation emblématique régulièrement reprise par Graham Bulpitt. En dernier lieu (?) : Graham Bulpitt, « Le modèle du Learning Centre », dans : Marie-Françoise Bisbrouck (dir.), Bibliothèques d’aujourd’hui : à la conquête de nouveaux espaces, (Collection Bibliothèques) Éditions du Cercle de la librairie, 2010, p. 71. []
  36. Mettre en place un Learning Centre … p. 21. []
  37. Mettre en place un Learning Centre … p. 21. []
  38. Voir sur le blog Insula la catégorie « Learning Center archéologie » : https://insula.univ-lille3.fr/category/learning-center-archeologie/ []
  39. Mettre en place un Learning Centre … p. 11. []
  40. Mettre en place un Learning Centre … p. 24. []
  41. Mettre en place un Learning Centre … p. 22. []
  42. Mettre en place un Learning Centre … p. 22. []
  43. Graham Bulpitt, « Le modèle du Learning Centre », dans : Marie-Françoise Bisbrouck (dir.), Bibliothèques d’aujourd’hui : à la conquête de nouveaux espaces, (Collection Bibliothèques) Éditions du Cercle de la librairie, 2010, p. 69. []
  44. « Rapport Jouguelet » p. 2. []
  45. Mettre en place un Learning Centre … p. 38. []
  46. « Rapport Jouguelet » p. 25.). « La nature et la variété des services fournis par un Learning Centre mènent à la question clé du fonctionnement au quotidien du dispositif » ((Mettre en place un Learning Centre … p. 36. []
  47. Mettre en place un Learning Centre … p. 36. []
  48. Mettre en place un Learning Centre … p. 33. []
  49. Mettre en place un Learning Centre … p. 38. []
  50. Mettre en place un Learning Centre … p. 40. []
  51. Mettre en place un Learning Centre … p. 41 ; « Rapport Jouguelet » p. 27 : « L’organisation des espaces impose au personnel en service public un contact plus étroit avec les publics et avec les autres membres du personnel, ainsi qu’une réactivité et une mobilité accrues. » []
  52. Mettre en place un Learning Centre … p. 44. []
  53. Mettre en place un Learning Centre … p. 17. []
  54. Mettre en place un Learning Centre … p. 17. []
  55. Mettre en place un Learning Centre … pp. 46-54. []
  56. Le « Rapport Jouguelet » insiste sur « l’indispensable évaluation » p. 19 sqq []
  57. Pierre Carbonne, lors de la Journée d’études « Créer un learning centre : pourquoi ? comment ? » organisée par Mediadix le 26 mai 2011. Résumé des interventions sur le blog Liber, Libri. URL : <http://liber-libri.blogspot.com/2011/06/creer-un-learning-centre-pourquoi.html/>. Consulté le 27 juillet 2011. []
  58. Il est bien évident que cela suppose l’envie, pour les enseignants-chercheurs, de s’approprier ce territoire. Le rapport Jouguelet indique à ce sujet que ce sont surtout les LC des enseignements universitaires appliqués qui fonctionnent le mieux, les enseignants étant eux-mêmes, le plus souvent, des professionnels : « Rapport Jouguelet » p. 13 ; voir aussi p. 24 : « Ce partenariat entre bibliothécaires et enseignants est un principe fondamental de départ et une des clés de la réussite ou de l’échec de l’intégration. » []

Lire aussi sur Insula :

Citer ce billet

Christophe Hugot, « Enjeux et problématiques des Learning Centres : l’exemple de Lille 3 », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 1 août 2011. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2011/08/problematiques-learning-centers/>. Consulté le 13 December 2017.