Le cercle des archéologues disparus des Hauts-de-France

Compte rendu de : Pierre Leman, Archéologues des Hauts de France, de 1790 à nos jours, Presses universitaires du septentrion, 2017.

Les Presses universitaires du Septentrion viennent de publier Archéologues des Hauts de France, de 1790 à nos jours, dictionnaire biographique des archéologues originaires des Hauts-de-France, ou qui y ont fouillé, réalisé par Pierre Leman. Au-delà des notices biographiques, l’ouvrage permet de découvrir l’évolution d’une discipline, les sites et les musées de cette grande région.

Compte rendu par Christophe Hugot, responsable de la Bibliothèque des sciences de l’Antiquité de l’Université de Lille

L’idée de créer un dictionnaire des archéologues des Hauts-de-France est née en août 2011, lors des obsèques de l’archéologue Roger Agache. Pierre Leman, qui a été responsable de l’archéologie au Ministère de la Culture pour les Hauts-de-France de 1966 à 1991, y fut pressé par des collègues archéologues de réaliser un répertoire biographique rappelant la mémoire des archéologues de la région des Hauts-de-France. Six années plus tard, ce répertoire est publié aux Presses universitaires du Septentrion. Il contient des notices biographiques d’archéologues nés ou qui ont fouillé dans le Nord, le Pas-de-Calais et la Picardie. Seuls figurant des archéologues décédés, il y manque des notices sur des personnalités marquantes, comme Pierre Leman, justement, lequel apparait toutefois en filigrane, et même sur un cliché (fig. 51), donnant un ton personnel et alerte à un exercice qui aurait pu être austère, voire rébarbatif.

Le dictionnaire contient 240 notices biographiques réparties sur près de 230 années. Pierre Leman fait en effet débuter son entreprise avec l’année 1790, qui voit la création de La Feuille d’Or, périodique consacré à l’archéologie créé par le père Jean Joseph Lambiez, récollet à Bavay. Cette innovation est alors unique en France. À partir des notices biographiques, et au préambule, l’auteur dépeint l’évolution d’une activité d’abord bénévole jusqu’à son professionnalisme, décomposant deux siècles d’histoire de l’archéologie dans ces terres septentrionales en trois périodes : l’éveil, de 1830 à 1930 ; l’assoupissement, de 1930 à 1960 ; le réveil, de 1960 à nos jours.

Parmi les notices biographiques, on retrouve évidemment les grands noms de l’archéologie des Hauts-de-France, que ces personnalités y soient nées, y ont vécu ou travaillé, comme Boucher de Perthes, Mariette, Ernest Will ou Jean Vercoutter. Certaines notices sont courtes, n’excédant pas une seule phrase, d’autres très nourries. L’hommage à l’Amiennois Roger Agache, archéologue aérien, s’étale ainsi sur sept pages, comme la notice consacrée au chanoine bavaisien Henri Biévelet. Mais les notices les plus intéressantes sont sans doute celles qui dessinent des portraits d’amateurs avertis (souvent ecclésiastiques, enseignants) et d’archéologues moins connus. Parmi les notices, signalons : le Britannique John Woodford, qui profite de sa présence après Waterloo pour fouiller à Azincourt ; l’Allemand Gerhard Bersu, que la Première Guerre mondiale amène à fouiller à Famars et Carlo Schmid, qui profite de la Seconde pour faire des prospections le long de la voie romaine Bavay-Cologne ; Alexis Bouly, qui découvre des antiquités grâce à la radiesthésie ; Lucien Chauwin, qui cherche dans les labours les traces d’antiques villas ; le fermier Albert Crépin, qui démonte le plancher de sa chambre à coucher pour fouiller un cimetière mérovingien ; Ernest Gaillard, qui sauve les collections du musée de Bavay lors de la Seconde Guerre mondiale. À côté de brèves notices concernant des figures éminentes, comme Napoléon III, Viollet-Le-Duc ou Jules Vernes, signalons pour terminer la notice consacrée à Jean-Philippe Bouffel, étudiant en archéologie, décédé à l’âge de dix-neuf ans lors de l’effondrement d’une tranchée de fouilles à Hénin-sur-Cojeul. On le voit, à partir de ces quelques exemples, la diversité est grande et témoigne des patientes recherches réalisées par Pierre Leman dans les archives, les périodiques et les souvenirs d’une vie d’archéologue.

À propos …

Pierre Leman, Archéologues des Hauts de France de 1790 à nos jours
Collection Archaiologia
Presses universitaires du Septentrion, 2017.
196 pages, 54 figures
ISBN 978-2-7574-1728-7
Site de l’éditeur : www.septentrion.com

Séance de la Société d’Émulation de Cambrai en 1861 sous la présidence d’Alcibiade Wilbert. Tableau d’Abel Berger (Musée de Cambrai, cliché Didier Frémicourt).
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Christophe Hugot, « Le cercle des archéologues disparus des Hauts-de-France », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 7 novembre 2017. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2017/11/le-cercle-des-archeologues-disparus-des-hauts-de-france/>. Consulté le 20 November 2017.