L’épicurisme : boire, manger et être heureux ?

Qu’est-ce que l’épicurisme ? L’article « Epicureanism: eat, drink, and be merry ? » de Catherine Wilson, auteure de Epicureanism : a very short introduction (OUP, 2015), publié en février 2016 sur le blog de l’éditeur Oxford university Press « OUPblog », présente l’originalité d’une philosophie qui fut l’objet d’âpres critiques. La traduction française inédite est réalisée pour Insula par Emma Le Barazer, étudiante en Master « Traduction Spécialisée Multilingue »-TSM, de l’Université de Lille SHS.

Contrairement aux autres billets publiés par « Insula », les traductions issues de « OUPblog » ne sont pas publiées sous une licence en libre accès.

Epicureanism : ouvrage de Catherine Wilson (Oxford university press 2015)

La plupart des gens savent à quoi correspond un mode de vie stoïcien, mais il est plus compliqué de définir ce qu’est un mode de vie épicurien. Avant de s’essayer à déchiffrer le sens profond de l’épicurisme, débarrassons-nous de l’idée selon laquelle la bonne chère serait son élément central. Depuis son introduction au troisième siècle av. J.-C., l’épicurisme repose sur un ensemble d’idées fascinantes et interconnectées sur la nature, la morale et la politique. Cette doctrine a apporté sa pierre à l’édifice de la recherche scientifique, du progrès social et de la compréhension de l’être humain. L’épicurisme était alors considéré comme une philosophie sérieuse – bien que mal avisée – par ses contradicteurs stoïciens et a été caricaturé et dénigré au fil des siècles.

Les lettres et maximes du philosophe grec Épicure, ainsi que ses nombreux manuscrits sur la nature et la société (dont une partie a récemment été retrouvée), ont été traduites au premier siècle av. J.-C. par Lucrèce, son disciple d’alors, sous la forme d’un poème en six livres intitulé De Rerum Natura (De la nature des choses).

Ce texte magnifique présente la notion de matérialisme sous sa forme la plus ancienne, et selon laquelle seuls les atomes existent, en mouvement ou non, ainsi que le vide. Selon ce système, il existe plusieurs mondes, ou cosmos. Chacun est né du chaos, et génère ses propres astres et planètes, ses êtres, animaux, et plantes, avant de redevenir chaos.

L’esprit est matière, et tous les êtres vivants sont mortels. Les épicuriens de l’antiquité rejettent l’idée d’intervention divine dans la création ou la persistance des mondes. Lucrèce, en particulier, jugeait la religion superstitieuse et cruelle. La mort, affirment-ils, n’est pas à craindre. C’est un simple état de néant que tous connaîtront, la souffrance en est donc exclue. Cette assertion constitue un fondement de leur philosophie qui rejette la peur et ses conséquences, d’expérience humaine souvent tragiques, telles que la persécution.

En philosophie morale, les épicuriens avançaient que l’évitement de la souffrance, qu’il s’agisse de la causer ou de l’endurer, et les plaisirs inoffensifs, doivent guider « les choix et l’évitement » des hommes. Contrairement aux stoïciens, ils ne supposaient pas à l’esprit humain des pouvoirs illimités sur le corps. Nous sommes des êtres pleinement matériels, nous agissons et souffrons donc comme une seule unité, à la fois physique et psychique. Ils mettaient en garde contre l’excès, soulignant qu’il faut savoir apprécier la nourriture, la boisson et les plaisirs charnels, mais toutefois en profiter avec modération. Car les excès et les choix imprudents n’engendrent que vexations, souffrance, ostracisme et remords.

La philosophie politique épicurienne est fondée sur l’idée que les hommes ont créé leurs institutions en apprenant de leurs erreurs au cours des ans, sans recevoir d’enseignement de quiconque. Les formes de gouvernement et pratiques sociales instables seront inévitablement remplacées par d’autres. Toute distinction sociale est donc imaginaire ou conventionnelle, il n’existe pas d’autorité ni de hiérarchie naturelle. L’école d’Épicure faisait figure d’exception à Athènes en ce qu’elle acceptait les femmes comme membres.

L’héritage épicurien est considérable. On en retrouve la trace dans les écrits de Hobbes, Cavendish, Locke, Newton, Hume, Rousseau, Bentham, Mill, Darwin et Marx, et dans les écrits philosophiques plus récents. Ses contradicteurs sont également nombreux, des Pères de l’Église primitive, qui voyaient les enseignements épicuriens d’un mauvais œil, à Kant, qui séparait distinctement la quête du bonheur de la morale. C’est ce qui l’a mené à créer sa théorie du substrat nouménal de la réalité, opposée à celle des atomes chez les épicuriens.

Traduction réalisée par Emma Le Barazer,
étudiante du Master « Traduction Spécialisée Multilingue » – TSM, de l’Université de Lille, SHS.

newlogoTSMPlus d’informations sur le Master TSM :
www.univ-lille3.fr/ufr-lea/formations/masters/tsm
Blog du Master : blog MasterTSM@Lille
Facebook : facebook.com/MasterTSMLille3
Twitter : @Master_TSM

Les traductions publiées par « Insula » le sont avec l’accord des auteurs ou du responsable éditorial du site ou du blog concerné. Nous les en remercions chaleureusement.

Buste en marbre représentant Épicure. British Museum. Public domain via Wikimedia Commons.
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestShare on RedditDigg thisBuffer this page

Lire aussi sur Insula :

Citer ce billet

Catherine Wilson, « L’épicurisme : boire, manger et être heureux ? », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 28 septembre 2017. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2017/09/lepicurisme-boire-manger-et-etre-heureux/>. Consulté le 13 December 2017.