Paris à l’ère antique

Retours de visite des expositions sur la Macédoine et Pompéi

L’Antiquité semble faire recette ! Les deux expositions parisiennes consacrées pour l’une à la Macédoine antique, pour l’autre à Pompéi, attirent nombre de visiteurs. Ces deux occasions de rencontrer l’Antiquité sont néanmoins radicalement différentes. Retours de visite.

Ombres et lumière

Ombre. M-A Colbeaux

Le contraste le plus manifeste repose sur l’utilisation de la lumière et des couleurs dans ces deux expositions. Le Louvre fait le choix d’une grande sobriété en plongeant le visiteur dans la pénombre. Noir presque complet. La lumière, blanche, frappe les objets, nous berçant encore dans cette illusion d’une Antiquité monochrome. Émergent ainsi du néant à la lumière, les découvertes de fouilles, dont les panneaux retracent l’histoire : stèles, sarcophages, statues et tout le mobilier funéraire qui accompagnait les morts vers un ailleurs, tout ce qui devait rester dans le noir. Mais surtout, tout cet or, parure des défunts, éblouit, par les effets de lumière scintillant dans les détails qui d’une boucle d’oreille, qui d’un epistomion et par la finesse des réalisations. La lumière se fait alors vie : il s’en faudrait de peu que l’on entende bruire les feuilles de chêne de l’impressionnante couronne qui accueille le visiteur.

Murs du triclinium de la villa de Carmiano© Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei/Fotografica Foglia

Les commissaires de l’exposition Pompéi, un art de vivre ont choisi un tout autre parti. Lumière presque naturelle, au rez-de-chaussée, imitant une lumière d’atrium : il s’agit de reconstituer l’ambiance des pièces à vivre. Lumière qui s’appuie amplement sur les fenêtres, à l’étage, pour les espaces plus ouverts et les jardins. Le souvenir du lupanar, en revanche, est resserré dans une pièce étroite, sans autre ouverture que la porte. Les murs y sont rouge vif, mais d’un rouge plus intense encore que dans les salles à vivre. La couleur, en effet, est omniprésente dans l’exposition et l’on oublierait presque la patine du temps sur les fresques exposées. A ce titre, la reconstitution du triclinium est très éclairante : ces riches pompéiens vivaient dans un cadre chaleureux, envahi par les références mythiques, qui côtoient des objets aussi hétéroclites, à nos yeux, qu’un phallus en pierre ou une poterie dont les décors évoquent les dessins d’enfants.

Traverser le temps

Les deux expositions s’organisent de manière thématique. Celle du Louvre, en l’honneur de la Macédoine, bien plus que d’Alexandre la Grand qui en est évidemment la figure éminente, s’organise en trois thèmes : l’architecture et la ville, les objets de la vie terrestre et les objets de la ville, or ces thèmes s’entremêlent et font se rencontrer des temporalités très éloignées. Du point de vue de l’organisation spatiale, on comprendra évidemment la nécessité de réunir les monuments funéraires, peu économes de place, mais la juxtaposition, dans une même vitrine pourtant intéressante, de poteries et d’objets retrouvés dans des tombes, bijoux, casques, ou masques funéraires, de périodes si distantes est déconcertante. Seul secours, les cartouches dont on soulignera la précision, mais qui aurait pu être parfois explicités : difficile pour le néophyte de comprendre par exemple ce que sont les phalères exposées, dans un environnement de pendeloques et d’armilles.

Réchaud © Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei/Fotografica Fogli

Le principe de visite d’une ville pompéienne a permis de construire la structure de l’exposition consacrée à Pompéi, mais c’est le sous-titre qui sous-tend la visite. Toutes les pièces exposées montrent combien, à Pompéi, l’art rencontrait la vie. Chaque pièce s’organise ainsi sur un espace de vie dont on nous montre la part artistique. Ce ne sont donc pas des objets du réel qui nous apparaissent mais des objets marqués par le souci de transfigurer ce quotidien, dans les moindres détails, depuis la passoire aux trous harmonieusement organisés jusqu’aux torsades sophistiquées d’un pied de lit. On comprendra, bien que cela n’apparaisse pas explicitement au fil de l’exposition, que ces richesses n’étaient pas le lot de tous, mais on se souviendra, notamment avec les moulages, connus maintenant, des corps frappés en pleine vie, que la mort fut le lot de tous les Pompéiens, ce jour-là.

Vie et mort, voilà ce qui nous fascine manifestement, au-delà des siècles qui nous séparent de ces civilisations. Entre ombres et lumière le défi est relevé par ces deux expositions.

Pour en savoir plus : les catalogues des expositions

Au royaume d’Alexandre le Grand, la Macédoine antique, sous la direction de Sophie Descamps-Lequime, 2011. A l’instar de l’exposition, le catalogue fait le choix de la sobriété, avec des notices très développées.

Pompéi. Un art de vivre, sous la direction de Patrizia Nitti, 2011, dont la présentation, tranche rougie, évoquera l’exposition et sa scénographie.

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Citer ce billet

Marie-Andrée Colbeaux, « Paris à l’ère antique », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 29 octobre 2011. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2011/10/paris-a-l-ere-antique/>. Consulté le 22 October 2017.