« Bibliothèques et développement durable »

Compte rendu de la Journée d’études Abf du 20 janvier 2011

Le jeudi 20 janvier 2011, à l’initiative du groupe régional Nord-Pas-de-Calais de l’Association des Bibliothécaires de France, s’est tenue une journée d’études ayant pour thème : « Bibliothèques et développement durable ». Nous profitons de ce compte rendu des interventions données pour présenter succinctement la nouvelle médiathèque d’Anzin (59), inaugurée en novembre 2010, lieu choisi pour accueillir cette journée.

Le cadre de la journée : la médiathèque d’Anzin

Hall de la médiathèque d'Anzin
Hall de la médiathèque d'Anzin (photo : Valérie Cazin)

Dans son essai Malaise dans les musées, Jean Clair écrit, à propos de l’architecture occidentale des musées, qu’il s’agit souvent d’une « architecture de l’aveuglement ». Cette expression nous est revenue en mémoire en entrant dans le (trop ?) vaste hall de la médiathèque d’Anzin, réalisée par l’architecte strasbourgeois Dominique Coulon. Tout y est immense et d’un blanc immaculé : blancs les murs anguleux, blanc le haut et imposant comptoir d’accueil, blanches les marches de l’escalier monumental qui mène aux collections décloisonnées réparties au premier étage. L’architecte, dans la description qu’il donne de son œuvre, l’assimile à la légèreté de l’origami. Pour notre part, on dirait plutôt que, pour la forme et l’éclat de la médiathèque d’Anzin, le choix semble avoir été fait de contraster au noir charbon qu’on extrayait jadis de ce terroir, les angles saillants, purs et éblouissants, du diamant. Sous un beau soleil de janvier, la lumière naturelle très présente ne fit que renforcer cette impression. L’aménagement intérieur, dont le choix n’a pas été laissé à l’architecte, vient heureusement atténuer les perspectives aiguës et immaculées du bâtiment et le public peut notamment se vautrer dans des Fatboys ou se lover dans les célèbres Tongue chairs de Pierre Paulin. Ce joli agencement a d’ailleurs reçu le prix du plus bel aménagement intérieur décerné par le Grand Prix Livres Hebdo des bibliothèques. Depuis son ouverture, la médiathèque est bien fréquentée par les Anzinois, en particulier par ceux qui ne fréquentent pas de lieux culturels habituellement, qui profitent des diverses facettes proposées par la médiathèque : Anne Verneuil et son équipe ont ainsi reçu 15.000 visites en deux mois. C’est dans l’amphithéâtre, situé au rez-de-chaussée de la Médiathèque -qui n’est pas un bâtiment HQE®- que se tenait la journée d’études de l’Abf consacrée aux bibliothèques et développement durable.

Bibliothèques et développement durable

  • Qu’est ce que le développement durable ?

Gilles Briand, directeur d’études et du développement opérationnel à la Mission Bassin Minier, a présenté en guise d’introduction le « développement durable ». Cette notion, largement galvaudée aujourd’hui, apparait dans les années 70 et trouve sa théorisation dans le célèbre « Rapport Brundtland » en 1987. Ce rapport pose la nécessité de « répondre aux besoins actuels sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». L’impact de l’activité humaine étant indéniable sur l’environnement, il nous appartient de mieux nous déplacer, mieux construire pour limiter les effets néfastes, en particulier en réduisant les gaz à effets de serre. Outre les aspects environnementaux, le développement durable doit prendre en compte les aspects culturels et sociaux du développement.

  • « Penser global, agir local » : paroles (et actions) de collectivités territoriales

En 1972, lors de la première Conférence des Nations Unies sur l’environnement (ou « Sommet de la Terre »), René Dubos employait la formule « Penser global, agir local ». Vingt ans plus tard, en 1992, au Sommet de la Terre de Rio, 173 chefs d’Etat adoptaient L’Agenda 21, ce plan d’action pour le 21e siècle, qui met en évidence les secteurs où le développement durable doit s’appliquer au sein des collectivités territoriales. Lors de la journée Abf, une table ronde a donné trois éclairages différents et complémentaires d’actions concernant le développement durable dans des collectivités territoriales. Eddy Le Berrigaud, chef du développement durable / pilotage de l’agenda 21 du Conseil général du Nord, est intervenu pour souligner les actions de sensibilisation du personnel du Conseil général (8600 agents) comme du public au développement durable, en particulier par des spectacles vivants ou par des subventions données pour la construction de bâtiments HQE®. Deux élus locaux sont venus donner l’éclairage d’expériences menées dans leur commune, pour que le développement durable ne soit pas un simple slogan à la mode : Luc Coppin, maire de Fresnes-sur-Escaut, et Bernard Loridan, maire adjoint aux finances, à l’environnement et au développement durable de Merville.

  • La norme HQE® : le point de vue des architectes

François Leroy, du Cabinet d’architecture Pierre Coppe, est intervenu sur la norme HQE®. Après avoir rappelé que le secteur du bâtiment est le premier consommateur d’énergie (43%) et le deuxième pour l’émission des gaz à effet de serre (25%), François Leroy a décrit la norme HQE®. Cette norme souhaite améliorer la qualité de vie en minimisant les impacts environnementaux, tout en veillant aux coûts. Pour prétendre obtenir la certification HQE®, laquelle peut être effectuée par l’Association HQE, il faut veiller à traiter 14 cibles pour assurer la qualité environnementale du bâtiment : cibles d’éco-construction, d’éco-gestion, de confort et de santé. La démarche concerne chacun : les architectes et les entreprises pour la réalisation, le maître d’ouvrage pour la volonté de créer un bâtiment HQE® et le maître d’usage pour le fonctionnement. Dans ce cadre, les médiathèques sont des bâtiments emblématiques. En effet, les médiathèques soulignent particulièrement les cibles de confort (visuel et acoustique en particulier) ; accueillant un large public, elles peuvent sensibiliser leurs usagers et servent ainsi, souvent, de vitrine à la démarche HQE®. Le HQE® ne répond toutefois pas entièrement à la notion de développement durable car cette norme ignore les aspects sociaux en se focalisant sur la dépense énergétique.

  • Un bâtiment HQE® : la médiathèque de Betton (38)

Hélène Coquand est venue présenter la médiathèque de Betton (Île-et-Vilaine), dont elle est directrice. La médiathèque Théodore Monod de Betton est un bâtiment HQE® créé en 2008. Réalisée par l’architecte Patrice Liard (du cabinet rennais Liard-Tanguy), la médiathèque est très bien intégrée au paysage verdoyant, en particulier grâce à sa toiture végétalisée. Les matériaux naturels, recyclables en fin de vie, ont été privilégiés : bois non vernissé, laine de chanvre, linoleum naturel, peintures sans solvant etc. Une serre vitrée remplie de plantes vertes, appuyée sur un mur de béton-terre, assure la régulation thermique du bâtiment. Des cellules photosensibles modulant l’éclairage artificiel, une ventilation par pompe à chaleur, un plancher chauffant-rafraîchissant visent à économiser l’énergie nécessaire pour chauffer et éclairer la médiathèque. Ce bâtiment à ossature en bois (hormis la dalle en béton) a été sélectionné au concours des TOTEMS 2008, grand prix de la Construction Bois publique et collective organisé par le Comité national pour le développement du bois. Plutôt qu’être qualifiée de réalisation HQE®, rapporte Hélène Coquand, l’architecte préfère quant à lui parler d’une « démarche environnementale à but d’économie d’énergie » pour la médiathèque de Betton. Au-delà de la construction, cette démarche environnementale est poursuivie au niveau du fonctionnement de la bibliothèque. Si un fonds documentaire spécifique n’existe pas à Betton concernant le développement durable (contrairement à la démarche qui sera celle de la médiathèque en construction de Méricourt (62)), un agent de la médiathèque est « Ambassadeur display » : il vérifie les bonnes pratiques, par exemple en s’assurant que les ordinateurs soient éteints lors de la pause de midi, au recyclage des papiers, cartons, verres, etc. Cette démarche est « payante » : la médiathèque de Betton a reçu, en 2009, le prix ECO-FAUR, décerné par la région Bretagne, qui labellise les communes motivées par le développement durable et a perçu, à ce titre, une subvention de 84.480 euros.

  • Que faire quand sa médiathèque n’est pas HQE® ?

Quand sa médiathèque n’est pas HQE®, il est évidemment possible d’agir pour le développement durable. C’est ce qu’ont montré Laurent Lemaître, de la Médiathèque départementale du Nord, et Christel Duchemann, directrice de la médiathèque de Méricourt (62), déjà citée, à partir d’un abécédaire. De ce tour d’horizon du développement durable, de A à Z, on retiendra en particulier le F de Formation du personnel, le G de Gestion différenciée pour les espaces verts entourant les bâtiments, le R de Recyclage, avec l’exemple de ce magnifique bureau d’accueil de la Bibliothèque universitaire de Delft réalisé en livres destinés au pilon, de S comme Sacs réutilisables, T comme Transports, etc. On retiendra enfin le M de Marchés publics, sujet sur lequel nous avons donné deux billets (ici et ) dans notre « Insula » : depuis 2006, le code des marchés publics permet de tenir compte des impératifs du développement durable (éléments à caractère social ou environnemental) dans les achats publics. Pour l’anecdote, des ouvrages français, commandés à un libraire français par la Bibliothèque des sciences de l’Antiquité, sise en France, transitaient un moment par un aéroport allemand pour « atterrir » dans nos rayons : la rapidité du service exigée du prestataire peut-elle encore rendre légitime une telle dépense énergétique ? Le développement durable sera encore le sujet de nombreuses journées d’études avant d’être démodé …

  • Pour finir

L’accueil de cette journée fut très réussi. Le repas bio, le café équitable. Les conclusions sont très proches de celles formulées par la journée d’études consacrée au développement durable en bibliothèque, organisée par Médiat Rhône-Alpes en janvier 2009. Tout d’abord, l’accent mis sur la conception des bâtiments, déterminante pour la performance énergétique future de l’équipement ; mais réaliser un bâtiment aux normes n’est pas suffisant : la démarche doit également inclure un changement dans la manière de travailler, de venir travailler, intégrant dans les missions et les pratiques de travail une logique différente introduisant la notion de développement durable ; enfin, les bibliothèques, comme lieux de médiation, doivent diffuser auprès de leurs publics la problématique du développement durable, par la création de fonds spécifiques, par des animations et, finalement, par leur exemplarité. Les textes des interventions de la journée lyonnaise « Bibliothèques et développement durable » sont disponibles sur le site de Médiat. Un résumé réalisé par Noëlle Drognat-Landré peut être lu sur le site BBF.

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Lire aussi sur Insula :

Citer ce billet

Christophe Hugot, « « Bibliothèques et développement durable » », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 27 janvier 2011. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2011/01/bibliotheques-et-developpement-durable/>. Consulté le 17 October 2017.