Mais où sont les neiges d’antan ?

Il neige ! C’est l’hiver ! Zeus se cacherait-il derrière cette nouvelle vague de froid ? Retour sur une comparaison homérique…

Photographie : M-A Colbeaux
Photographie : M-A Colbeaux

Zeus neige

Au cœur de l’Iliade, chant XII, 278-286, Homère compare les pluies de pierres qui s’abattent sur l’un et l’autre camps à une tempête de neige.

De même que tombent drus les flocons de neige, un jour d’hiver, quand le prudent Zeus fait tomber la neige, comme preuve pour les hommes de ses armes : il calme les vents et verse sans cesse la neige pour qu’elle cache les sommets des hautes montagnes, les promontoires élevés, les plaines fleuries, et les gras domaines des hommes ; et il verse sur la mer blanchie, sur ses ports et ses côtes, la neige que la vague, dans son va-et-vient, repousse, mais tout le reste est enveloppé, lorsque s’abat l’averse de Zeus ; de même, des deux côtés, tombent drues les pierres.

Cette comparaison sera évidemment reprise par Virgile, Enéide, XI, 610, de manière très elliptique, à travers l’expression « crebra nivis ».

La neige

Si la description ne nous surprend pas, cet extrait met en jeu deux racines différentes.

La première famille de mots rattachée à la neige apparaît ici, autour de νιφάς, niphas, les flocons de neige, et l’infinitif du verbe νείφει, neiphei, verbe impersonnel, « il neige », qui admet toutefois comme sujet, Zeus ou le dieu. La racine indo-européenne *sneighw à l’origine de cette famille se retrouve dans le latin nivis (récupéré par une marque de cosmétique bien connue) qui donne l’italien nive, mais aussi l’adjectif français peu usité « nival », et, après quelques évolutions « neige ». Les termes de snow en anglais, ou Schnee en allemand s’appuient sur le même étymon.

Le second terme pour évoquer la neige est χιών, chiôn, nom rapproché par P. Chantraine du mot qui désigne la tempête et l’hiver, χειμών, cheimôn – et dont un dérivé apparaît au vers 279, sous la forme de l’adjectif. Sur la même racine serait formé le latin hiems, l’hiver, à l’origine de l’adjectif hibernus, qui fut d’abord associé en latin classique au nom tempus (tempus hibernum, la saison hivernale), et finit par être conservé seul, en bas latin pour dire l’hiver. Hibernum donne ainsi notre mot « hiver ».

Que montre ce petit détour ? Oh ! Surprise ! La neige semble une caractéristique de l’hiver ! Et qui plus est, versée par Zeus, sans préavis ! Et contrairement aux idées reçues, il neige aussi en Grèce… À proximité de Delphes, il est même possible de skier sur le Mont Parnasse !

Montagne enneigée (Photographie : M-A Colbeaux)
(Photographie : M-A Colbeaux)

Références d’auteurs anciens :

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Citer ce billet

Marie-Andrée Colbeaux, « Mais où sont les neiges d’antan ? », Insula [En ligne], ISSN 2427-8297, mis en ligne le 17 décembre 2010. URL : <https://insula.univ-lille3.fr/2010/12/neige/>. Consulté le 20 October 2017.