In memoriam Félix Bourriot

Professeur d’histoire grecque à l’Université de Lille (1969-1985).

Nous apprenons le décès de Félix Bourriot, survenu le 5 novembre 2019, dans sa 98e année, à Paris.

Né le 12 mai 1922 à Labergement Sainte Marie dans le Doubs, Félix Bourriot entreprend des études de lettres et d’histoire à la Faculté de Besançon et à la Faculté de Lyon. Il y obtient une double licence : lettres-classiques et histoire-géographie. Son succès à l’agrégation d’histoire en 1948 lui ouvre les portes de l’enseignement secondaire : Lycée d’Alger (1948/1953), puis lycée Marcelin Berthelot de Saint Maur (1952/1953), enfin lycée Charlemagne à Paris (1957/1964). Mais dès 1953, le voilà, parallèlement, chargé d’enseignement dans le supérieur. À la Sorbonne d’abord, puis, à partir de 1969, à l’Université de Lille où il finira sa carrière, comme professeur d’histoire grecque, jusqu’à sa retraite en 1985.

C’est la rencontre avec André Aymard – le « doyen Aymard », comme il le qualifiera toujours –  qui le conduira à se tourner vers l’histoire sociale du monde grec. Elle sera l’objet de toute son attention. Dès 1959, il contribue ainsi au chapitre sur le travail en Grèce (paru dans dans l’Histoire générale du travail, Nouvelle Librairie de France, rééd. 1999), un thème qu’il ne cessera d’approfondir jusqu’à sa dernière grande monographie, Banausios-Banosia, la situation des artisans en Grèce classique, publiée chez Olms en 2015.

C’est à la nature du génos qu’il consacrera sa thèse d’État, brillamment soutenue le 22 février 1975 dans la salle Louis Liard de la Sorbonne, devant un jury présidé par Jacqueline de Romilly et composé de messieurs H. Van Effenterre, J. Gaudemet, J. Trébeux et Ph. Gauthier : elle reçoit la mention « très honorable ». Félix Bourriot y démontre que la vision du genos telle qu’elle était perçue depuis le XIXe siècle était un mythe. Jean-Pierre Martin en a donné un compte rendu dans la Revue historique (n° 253, 1975, disponible sur Gallica). La thèse a été publiée par l’Atelier de reproduction des thèses de Lille en 1976.

Enfin, en 2015, toujours chez Olms, il publie Banausos – Banausia  : et la situation des artisans en Grèce.

Sa méthode, fondée sur une étude exhaustive et rigoureuse des occurrences des termes auxquels il a consacré ses travaux, l’a conduit à remettre en cause leur emploi par les modernes sur la base d’analogies trompeuses (entre le genos et la gens) ou de présupposés hâtifs (à propos de l’idéal social des kaloikagathoi ou du mépris porté aux artisans) qu’il a durablement contribué à rectifier.

Ces travaux n’excluent pas la publication d’articles divers, dont l’un consacré au cratère de Vix.

Chercheur inlassable, Félix Bourriot était aussi un enseignant passionné : aux étudiants qui ont bénéficié de ses cours, il laisse le souvenir d’un professeur tout entier voué à leur réussite et sachant leur rendre accessible ce que l’érudition peut avoir de plus exigeant.

Sa générosité l’a conduit à offrir à l’Université de Lille, en 2013, sa bibliothèque, riche de près de 12000 documents relatifs tant à l’antiquité grecque qu’à des sujets connexes (Iran, empire romain, etc.).

Travaux principaux

  • Histoire générale du travail. Tome I, Préhistoire et Antiquité, sous la direction de Louis-Henri Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1959. 2e édition 1999 : 2-901988-29-6
  • Recherches sur la nature du « génos » : étude d’histoire sociale athénienne, périodes archaïque et classique, Lille : Atelier Reproduction des thèses-Paris : diffusion H. Champion, 1976. Lien Sudoc : 000570842
  • Kalos kagathos – kalokagathia : d’un terme de propagande de sophistes à une notion sociale et philosophique : étude d’histoire athénienne, Hildesheim-Zürich-New York, Georg Olms Verlag, 1995 :3-487-10000-2
  • Banausos – Banausia : et la situation des artisans en Grèce classique, Hildesheim-Zürich-New York, Georg Olms Verlag, 2015 :978-3-487-15221-9
Félix Bourriot

L’usage du mythe étiologique dans l’Épître aux Pisons d’Horace

Le présent article entend mettre en lumière la convocation horatienne, dans l’Épître aux Pisons, de deux figures mythiques majeures, liées aux prémices de la poésie et de la civilisation, Orphée et Amphion. Évitant notamment la représentation de l’Orphée amant, pourtant en vogue à l’époque augustéenne, Horace façonne une généalogie auctoriale au sein de laquelle cohabitent poètes légendaires et grands noms de la tradition grecque. Fidèle à la démarche didactique qu’il épouse tout au long de l’épître, il prétend ainsi faire l’éloge de la poésie auprès de ses destinataires et, plus largement, de la jeunesse romaine contemporaine.

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Épidémie à l’école de latin et de grec, d’après Thucydide

Les experts ne sont pas unanimes pour attribuer ce texte à Thucydide et penchent plutôt pour un exercice scolaire de l’époque impériale, durant lequel l’élève devait écrire à la manière d’un auteur. Quoi qu’il en soit de la date de sa composition, cet extrait nous donne un aperçu des difficiles conditions sanitaires qui apparaissaient sur les lieux d’enseignement, mal chauffés, à l’arrivée des premiers froids, et des problèmes que l’on avait alors pour s’approvisionner.

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Redécouvrir la musique de la Grèce antique

Armand D’Angour propose une brève introduction à la musique grecque antique et ses rapports à la poésie. La traduction française inédite de ce billet paru en anglais pour « OUPblog » en juin 2018 est réalisée pour Insula par les étudiants du Master en « Traduction spécialisée multilingue » (TSM) de l’Université de Lille.

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Vases grecs et Vase qui parle à Boulogne-sur-Mer

Exposition « Une saison en Grèce » jusqu’au 8 décembre 2019.

Le Musée de Boulogne-sur-Mer consacre une exposition à sa très importante collection de vases grecs à l’occasion de la publication d’un livre sur celle-ci. En contrepoint, le Vase qui parle redonne de la voix.

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Peut-on prendre des libertés lorsque l’on traduit : réflexions d’un traducteur

Faut-il traduire littéralement les topiques présents chez les auteurs anciens, ou les remplacer par des équivalents modernes approximatifs ? Dans un article paru sur le Blog d’Oxford university press en février 2017, Gideon Nisbet, traducteur de Martial, fait part de ses réflexions de traducteur. La traduction française inédite de cet article est réalisée pour Insula par les étudiants du Master en « Traduction spécialisée multilingue » (TSM) de l’Université de Lille.

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L’écriture inclusive, d’après Aristophane

Parabase des Poètes.

L’écriture inclusive ! Un sujet qui n’a pas fini de faire couler de l’encre et fabriquer du papier. Sujet politique s’il en est, il marque l’émancipation des femmes et les progrès de notre civilisation, et il est donc au centre des affaires de la Cité. Mais Aristophane, le poète au service de sa patrie par excellence, était-il de cet avis ? Voici les déclarations retrouvées dans la parabase des Poètes, une comédie dont les papyri ont récemment été retrouvés dans les sables égyptiens.

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